Michèle Culpo : une peinture troublante

Née en 1940 sous le nom de Cussat dans une famille d'artistes aux origines plurielles, Michèle Culpo vit et peint à Mirefleurs depuis 1985.
 
Dès sa prime enfance, les chanteurs et acteurs de cabaret parisiens, luthiers italiens, bijoutiers auvergnats qui composent sa famille (aussi nombreuse que disloquée) participent sans doute à la construction de cette sensibilité hors du commun qui transparaît dans chacune de ses toiles. 
Un été de 1951, la petite Michèle pose pour le peintre Madrassi à Saint-Saturnin, et gardera de cette expérience une fascination passionnelle pour la peinture. En attendant le moment de tenir un pinceau, Michèle chante, écrit, dessine, et développe ce talent d'imagination qu'on lui connaît aujourd'hui.

C'est aux Etats-Unis qu'elle peindra pour la première fois : durant trois années elle étudiera la peinture réaliste américaine dans l'atelier de Julia Peters à Greenville en Caroline du Sud, et ne s'arrêtera plus. De retour en Auvergne, les paysages et les modèles changent, le tempérament de Michèle Culpo prend peu à peu corps dans ses représentations mélancoliques de paysages dépeuplés ou d'architectures désoeuvrés dont l'authenticité s'impose au spéctateur tout comme leur charge émotionnelle. C'est sur ce point que la peinture de Michèle Culpo prend tout son sens : d'un bouquet de lilas ou de roses sur le point de fâner, d'une maison de vigneron envahit par le lierre, d'un chemin forestier qui ne mène plus qu'à un horizon incertain, se dégage l'essence de l'âme humaine. 
Fidèle à son école, Michèle Culpo n'en reste pas moins une peintre réaliste à la technicité maîtrisée. Les couleurs embrasent parfois ses ciels d'automne, ou bien la lumière blafarde d'un printemps pluvieux donne aux formes usées un troublant accent de vérité. Mais la peinture de Michèle Culpo ne se cantonne pas à l'évocation de sentiments mélancoliques ; légèretés, fleurs épanouies et couleurs allègres savent émerger de ses toiles, de façon
souvent surprenante et toujours raffinée.

N'échappant pas à la règle, les clowns fardés de Michèle Culpo, qui aime aussi représenter l'expression du trouble existentiel sous les couleurs chatoyantes des sourirs maquillés, séduisent d'abord par leur grâce avant de conquérir le coeur du plus dur des spectateurs. C'est ainsi, n'en déplaise ; la peinture de Michèle Culpo, quoi qu'elle représente, commence par plaire, et finit par toucher ce qu'il y a de plus beau en nous. 


Jean-Jacques Ignatov


Un chemin forestier, M. Culpo, 2008.

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